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Le renforcement positif en alternative aux méthodes coercitives

Par Karine Pinheiro, intervenante en comportement canin et félin


Lorsqu’on parle d’éducation canine, il ne manque pas d’approches, de techniques ou de gourous. Si vous faites quelques recherches sur internet, regardez quelques épisodes à History Channel, écoutez les conseils de vos voisins et de la plupart des entraineurs professionnels, vous constaterez que la grande majorité des solutions proposées se tournent vers une approche traditionnelle, basée sur la domination de l’animal, sur le concept de chien alpha, et même, malheureusement, sur la punition corporelle ou psychologique. Ces méthodes, qu’on regroupera dans ce texte sous l’étiquette de méthodes coercitives, sont fondamentalement de nature punitive, et utilisent la dominance de l’animal comme un outil d’obéissance. Dans ce texte, je vous propose de comparer ces méthodes traditionnelles à une nouvelle approche de nature stimulatrice, qu’on appelle, le renforcement positif.


Mieux comprendre l’impact des méthodes coercitives sur votre chien


Une des méthodes coercitives les plus populaires est celle de la domination. Dans cette méthode, les propriétaires (le membre alpha de la meute) sont encouragés à dominer son chien en utilisant des postures corporelles agressives pour intimider et corriger des comportements indésirables. Comme les chiens doivent obéir aux commandes par soumission et par évitement, il est interdit de récompenser le chien. De plus, le chien ne doit pas démontrer des comportements non autorisés, car il doit avoir l’autorisation de l’alpha de la meute au préalable. Dans cet ordre social, la place du chien est inférieure à celle du propriétaire et la relation est bâtie sur une dynamique hiérarchisée. Par exemple, les propriétaires sont encouragés à « manger avant le chien », « toujours passer devant », « ne pas donner accès au lit de la chambre à coucher » etc. On considère que toutes les méthodes qui contraignent l’animal comme des méthodes coercitives, par exemple :


  • Utiliser le collier électrique, clôture électrique

  • Utiliser le collier à la citronnelle, à jet d’air ou à ultrason

  • Utiliser un collier étrangleur (à pic, en nylon, en chaîne, etc.)

  • Menacer le chien (par la voix ou la posture) jusqu’à une punition physique (coups, serrez le museau ou le mettre dans ses besoins, mettre les doigts dans la gueule, le coucher de force, etc.)


Ce sont toutes des méthodes punitives, qui reposent sur la suppression des mauvais comportements plutôt que sur la récompense des bons. De plus, ces méthodes de dressage sont souvent surutilisées et posent de nombreux problèmes à votre animal tant au niveau physique que comportemental. On recense notamment chez les chiens ayant subi ces approches des problèmes à la glande thyroïde, aux yeux, aux oreilles, aux rythmes cardiaques, l’engourdissement des pattes (léchage), des convulsions, et même dans des cas extrêmes, le décès. Ces méthodes peuvent aussi causer des problèmes de comportement au chien tels que l’anxiété, la peur, le bris du lien de confiance, l’agressivité, l’hyperactivité et l’hyperréactivité. Certains de ces problèmes, comme la peur ou l’anxiété, peuvent être irréversibles et ont un impact permanent chez votre animal. De plus, les méthodes coercitives entraînent généralement de l’impuissance acquise. C’est un état de détresse psychologique grave qui occasionne une perte de réactivité à la suite d’une exposition prolongée pour échapper à la douleur. En tentant de faire disparaitre le comportement avec une méthode contraignante, vous risquez de voir le comportement s’aggraver.


Ces méthodes sont populaires, car elles représentent des solutions rapides. Mais, il faut se méfier, car ces solutions ne sont pas permanentes et peuvent rendre les chiens agressifs. Avant de penser à faire l’achat d’une de ces méthodes, prenez le temps de vous renseigner sur les alternatives pour le bien-être de votre animal et consultez un intervenant en comportement canin professionnel.


L’alternative : le renforcement positif


À l’instar des méthodes coercitives, le renforcement positif récompense les bons comportements de l’animal dans le but de créer une association psychologique positive. À terme, le chien va répéter les comportements désirables non pas parce qu’il a peur de son propriétaire ou d’une punition, non pas qu’il y est soumis, mais bien parce qu’il a appris que ce comportement est désirable et lui apporte une récompense.


Le renforcement positif est une méthode qu’on retrouve même en pédagogie infantile, par exemple, dans l’apprentissage par le jeu, où l’on place l’enfant dans une situation de récompense et de réussite qui le motivera à apprendre. Chez le chien, on utilise la récompense alimentaire pour renforcer les bons comportements. Le besoin de manger est un besoin primaire, et donc, un puissant motivateur pour l’animal. En utilisant la nourriture, le chien va vouloir répéter le comportement appris ce qui aide à l’adoption du comportement recherché de son plein gré.


L’entrainement par récompense s’avère une méthode efficace pour commander l’attention du chien sans avoir recours au toucher. Le Dr Joël Dehasse décrit dans « Tout sur la psychologie du chien », la façon d’utiliser la récompense. Selon lui, « On peut pousser le chien à répondre plus facilement et plus vite en ayant la bonne récompense; plus le chien a faim, moins la récompense peut être appétante; moins le chien à faim, plus appétant est la récompense; mais aussi plus l’exercice est difficile, plus le salaire (récompense) doit être élevé (bonbon appétant) » [1]. Progressivement, on peut diminuer la fréquence des récompenses. L’animal continue tout de même à répondre à nos demandes, car pour lui, cela a toujours été agréable et positif d’exécuter les comportements et les actions demandées. Le chien comprend aussi qu’il a une chance de recevoir de temps à autre une récompense ce qui continue de renforcer l’adoption du comportement désiré.


En résumé, les principes de la méthode de renforcement positif sont :


  • C’est une approche sans stress, sans douleur et sans punition

  • Les chiens reproduisentt le bon comportement suivi d’une récompense alimentaire

  • Les mauvais comportements sont ignorés

  • En cas de correction, elle prend la forme du retrait d’une des récompenses, comme un jouet, notre main pour le caresser ou une gâterie, etc.


Cependant, le renforcement positif n’est pas une solution rapide et exige de la patience, de la constance et de la rigueur de la part du propriétaire. C’est la relation même entre le chien et l’homme qui est le véhicule de l’apprentissage. Le propriétaire doit apprendre à lire le langage canin, doit apprendre à identifier ce qui le motive et comment répondre à ses besoins de base avant le début de chaque séance de travail. Le propriétaire doit ainsi apprendre à connaître son chien, ce qui fait de la méthode de renforcement positif un processus d’entraînement bidirectionnel. Tant on entraîne son chien à adopter les bons comportements, comme on entraîne le propriétaire à connaître et à travailler avec son animal.


Tous les propriétaires doivent avoir le même objectif, c’est-à-dire, développer une cohabitation harmonieuse, responsable et sécuritaire avec son animal. En utilisant le renforcement positif, vous développerez avec votre chien une belle relation de confiance. Vous aurez les outils et les connaissances pour mettre de côté les méthodes coercitives. Avec de tels outils, il n’y a plus d’excuses pour frapper, abuser ou blesser son animal. Ce sont des méthodes dépassées et qui doivent laisser la place au renforcement positif. Croyez-vous sincèrement qu’il soit plus agréable d’étrangler ou de dominer son animal plutôt de le récompenser? N’est-il pas plus agréable d’encourager les bons comportements que s’acharner sur les mauvais? Prenez le temps de vous renseigner sur le renforcement positif, vous développerez une belle relation avec votre compagnon, qui lui épargnera des problèmes de santé et de comportements, et qui favorise son développement intellectuel et son bien-être. Consultez un de nos intervenants en comportement canin pour en apprendre davantage.


Source

[1] Dehasse, Joël (2009) Tout sur la psychologie du chien, page 460, Odile Jacob

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